Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Est-de-l’Île-de-Montréal
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État de stress post-traumatique (ESPT)
Brillon, P. (1999). Se relever d’un traumatisme, Réapprendre à vivre et à faire confiance. Québécor Éd., Montréal.

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État de stress post-traumatique (ESPT)

L’état de stress post-traumatique (ESPT) est un état se caractérisant par le développement de symptômes spécifiques faisant suite à l'exposition à un événement traumatique dans un contexte de mort, de menaces de mort, de blessures graves ou d’agression sexuelle.

Pour plus d'information, visitez le site web : www.plusqu1souvenir.ca

Quand et comment cet état apparaît-il généralement?

Ce problème peut apparaître à la suite d’événements potentiellement traumatiques tels qu’un vol à main armée, un accident de la route, un désastre naturel, une expérience de combat (militaire) ou des sévices physiques ou sexuels.

L’exposition à l’événement traumatique peut se faire de différentes façons:

  • La personne a vécu personnellement le ou les événements.
  • La personne a été témoin de ce ou de ces événements survenus à d’autres personnes.
  • La personne a appris que ce ou ces événements étaient survenus à un membre de sa famille proche ou à un ami proche. Dans des contextes de décès d’un proche, l’événement doit être violent ou accidentel.
  • La personne a été exposée de façon répétée ou extrême à des détails aversifs de l’événement (p. ex. : un policier exposé à répétition à de la pornographie infantile).

L’ESPT peut survenir à tout âge y compris durant l’enfance. Les symptômes apparaissent habituellement dans les trois premiers mois suivant l’événement traumatique bien qu’il puisse exister un délai de plusieurs mois ou même de plusieurs années avant que les symptômes n’apparaissent.

Quels sont les principaux symptômes de l’ESPT?

Lorsque l’individu vit, est témoin ou est confronté indirectement à un événement particulièrement traumatisant, il peut éprouver une peur intense, un sentiment d’impuissance ou d'horreur. Par la suite, un ensemble de symptômes et de comportements spécifiques peuvent apparaître. Par exemple:

Des reviviscences:
  • Souvenirs répétitifs et envahissants de l’événement
  • Cauchemars
  • Flashbacks
  • Détresse ou réactivité physiologique lors de l’exposition à des stimuli associés à l’événement traumatique
De l’évitement:
  • Évitement des souvenirs, pensées et sentiments liés au trauma
  • Évitement des éléments (personnes, lieux, activités, objets, situations) rappelant le trauma
Des altérations cognitives et émotionnelles:
  • Incapacité à se rappeler un aspect important de l’événement traumatique
  • Croyances négatives persistantes et exagérées au sujet de soi, des autres ou du monde
  • Tendance à se blâmer
  • Émotions négatives persistantes (peur, horreur, colère, culpabilité, honte)
  • Diminution de l’intérêt pour les activités
  • Sentiment de détachement d’autrui
  • Restrictions des émotions positives
L’hyperactivation du système nerveux:
  • Irritabilité ou excès de colère
  • Comportement imprudent ou autodestructeur
  • Hypervigilance
  • Sursauts
  • Difficultés de concentration
  • Difficultés de sommeil

Une personne présentant certains des symptômes précédemment rapportés souffre-t-elle nécessairement d’ESPT?

Non. Pour établir un diagnostic d’ESPT, les symptômes doivent persister dans le temps (plus d’un mois) et doivent entraîner une souffrance cliniquement significative ou des problèmes dans le fonctionnement social, professionnel ou dans d'autres domaines importants de la vie de la personne.

Les symptômes d’ESPT ont-ils la même durée ou la même intensité chez tous les individus?

Non. La fréquence et l’intensité des symptômes peuvent varier dans le temps. La durée des symptômes est également variable:

  • ESPT aigu (les symptômes persistent moins de trois mois)
  • ESPT chronique (les symptômes persistent trois mois ou plus)
  • ESPT avec survenue différée (au moins six mois se sont écoulés entre l’événement traumatique et le début des symptômes)

Dans environ la moitié des cas, une guérison complète survient en trois mois, alors que de nombreux autres individus ont des symptômes qui persistent plus de douze mois après l’événement traumatique.

L’ESPT peut être particulièrement sévère ou prolongé dans le temps lorsque l’événement traumatique est lié à une activité humaine (p. ex.: torture, viol).  

De quelle façon les professionnels de la santé diagnostiquent-ils l’ESPT chez un individu?

Lors d’entrevues cliniques et à l’aide de différents outils d’évaluation (p. ex.: questionnaires, grilles), les professionnels de la santé (p. ex.: médecins, psychiatres, psychologues) sont généralement en mesure d’identifier un individu présentant un ESPT. La référence en matière de diagnostic est généralement le « Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) ». À l’heure actuelle, la version la plus fréquemment utilisée est le DSM-5.

Combien d’individus présentent un ESPT dans la population?

Les études effectuées dans la communauté révèlent une prévalence à vie de l’ESPT de 1 à 15,2 %. Au Canada, les études révèlent que chez les personnes exposées à un événement traumatique, environ 9 % ont développé un ESPT. Par ailleurs, les études sur les individus davantage à risque (p. ex.: anciens combattants, victimes de violence criminelle) ont rapporté des taux de prévalence se situant généralement de 30 % à 45 %.

Les victimes d’actes criminels figurent parmi les personnes les plus à risque. Selon l’Enquête sociale générale de 2009, près de 7,4 millions de Canadiens ont déclaré avoir été victimes d’un acte criminel au cours des douze mois précédant l’enquête, ce qui représente près du quart de la population de 15 ans et plus.

Les travailleurs sont à risque. La violence au travail n’est pas un mythe: 17 % des actes de victimisation commis avec violence se sont produits sur les lieux du travail.

Les accidentés de la route ne sont pas en reste: 43 853 victimes blessées en 2010. Entre 23 % et 35 % des victimes seraient susceptibles de développer un ESPT entre un et trois mois après l’accident.

Existe-t-il certaines différences entre hommes et femmes en ce qui a trait à l’ESPT?

Il a été possible d’observer que le taux d’ESPT semble plus élevé chez la femme que chez l’homme (femme: 11,3 %, homme: 6 %). Par ailleurs, il semble que le risque d’exposition à un événement de nature traumatique soit, quant à lui, quelque peu plus élevé chez les hommes que chez les femmes. Il semble également qu’en ce qui a trait à la nature des traumatismes, celle-ci diffère généralement entre les hommes et les femmes, ces dernières étant plus souvent victimes de traumas interpersonnels. 

Une personne souffrant d’ESPT peut-elle s’en sortir seule?

La littérature scientifique a démontré qu’il était possible pour un individu souffrant d’ESPT de diminuer significativement ses symptômes et retrouver un fonctionnement social, personnel et interpersonnel satisfaisant, et ce, même sans traitement avec un professionnel. L’aide professionnelle devient importante lorsqu’une personne présentant des symptômes d’ESPT voit son fonctionnement général affecté ou qu’une souffrance significative y est associée. Consulter peut également favoriser un rétablissement plus rapide. Par ailleurs, les traitements généralement utilisés et recommandés dans le cas de l’ESPT sont la TCC et la pharmacothérapie 

Quelle est l’importance du soutien des proches dans le rétablissement d’une personne avec un ESPT?

Selon certaines études, moins une personne ayant vécu un événement traumatisant se confie à ses proches, moins elle assimile l’événement et plus elle est à risque de développer un ESPT. À l’inverse, le fait de parler à ses proches de l’événement contribue à mieux gérer les émotions et à mieux rationaliser le tout. D’être capable de parler de l’événement à ses proches constitue donc un grand pas en avant vers un rétablissement.

L’implication d’un proche dans le traitement de l’ESPT demeure une voie prometteuse pour améliorer la qualité de son soutien, mais aussi l’état psychologique de la victime. Une intervention psychoéducationnelle de quelques séances seulement avec un proche (p. ex.: avec le conjoint ou la conjointe) augmente l’effet positif de la TCC!

Ces séances auprès des proches ont comme objectif:
  • de modifier leurs perceptions
  • de leur apporter du soutien
  • de favoriser leur compréhension des réactions de la victime
  • de renforcer leurs liens ou améliorer leurs interactions avec elle

Très souvent, le fait de parler à l’entourage (p. ex.: famille, amis, collègues), d’exprimer ses craintes, ses émotions et ses inquiétudes constituent d’excellents moyens qui permettent de dédramatiser l’événement traumatisant, de trouver des solutions et même de faire ressortir des conséquences positives à la suite d’un événement qui, de prime abord, semble catastrophique.

Cependant, les proches ne savent pas nécessairement quoi faire pour aider la personne ayant vécu un événement traumatisant et ceci est tout à fait normal. Les proches adoptent intuitivement certains comportements qui peuvent s’avérer utiles lors d’événements stressants normaux. Toutefois, les événements traumatisants et les conséquences qu’ils entraînent sont de nature différente et peuvent entraîner des réactions de stress beaucoup plus intenses. Conséquemment, les comportements de soutien habituels peuvent s’avérer insuffisants et peuvent même nuire au bien-être de la victime, et ce, même si l’intention était bien positive au départ.

Concrètement, de quelles façons un proche peut-il apporter du soutien à la personne ayant vécu un événement traumatisant?

L’encourager à parler de l’événement
Pourquoi? Parce qu’une discussion ouverte et non culpabilisante pourrait contribuer à lui faire voir les événements sous de nouveaux angles.

Ne pas critiquer négativement ses réactions ou le temps qu’elle prend pour se remettre de l’événement
Pourquoi? Parce que les critiques négatives sont fréquemment vécues comme des agressions de la part des victimes et peuvent ralentir le processus de récupération plutôt que l’accélérer.

Ne pas minimiser l’ampleur de l’événement et de ses conséquences
Pourquoi? Parce que se faire dire, par exemple, «Ce n’est pas si grave que ça.» ou «Le temps va arranger les choses.», génère de la culpabilité plutôt qu’un mieux-être.

L’encourager à chercher de l’aide professionnelle au besoin
Pourquoi? Parce que les victimes, particulièrement les hommes, peuvent avoir tendance à vouloir surmonter seules leurs réactions de stress, même lorsqu’elles se prolongent au-delà de plusieurs mois. Leur état de détresse peut alors se chroniciser et se développer notamment en un ESPT.

La thérapie d'approche cognitivo-comportementale (TCC) pour l’ESPT est-elle efficace?

Les résultats de plusieurs études contrôlées confirment que la TCC est efficace pour traiter l’ESPT. La TCC obtient en général un taux de réussite de 60 à 70 % auprès de victimes de divers types d’événements traumatiques. En fait, à l’heure actuelle, la TCC représenterait l’approche psychothérapeutique de choix pour traiter l’ESPT. Ce serait celle qui donne les meilleurs résultats et qui favorise un apaisement, une diminution des symptômes, voire un rétablissement complet.

Quelles sont les stratégies utilisées dans la TCC pour l’ESPT?

  • La psychoéducation

La psychoéducation consiste à fournir de l’information à la personne présentant un ESPT au sujet de ses réactions post-traumatiques, de l’origine de ses symptômes ainsi que sur les facteurs explicatifs de l’ESPT. Très souvent, les individus ne comprennent pas ce qui leur arrive et pensent, à tort, qu’il n’est pas normal d’éprouver de telles réactions. Ainsi, au moyen de la psychoéducation, une personne peut être en mesure de mieux comprendre ses réactions et leurs fonctions, ce qui peut favoriser une diminution de l’anxiété et augmenter le sentiment de contrôle?

  • L’entraînement à la gestion de l’anxiété

Les stratégies de gestion de l’anxiété, dont la respiration diaphragmatique, permettent d’apprendre à contrôler la réaction anxieuse et favorisent la détente. Elles peuvent également permettre de prévenir l’hyperventilation?

  • La correction cognitive

Cette stratégie consiste à identifier et à modifier les pensées irrationnelles qui engendrent de la détresse et de l’anxiété. Les pensées dysfonctionnelles peuvent être de plusieurs ordres et porter, par exemple, sur le rôle joué pendant l’événement traumatique («C’est ma faute.» ou «J’ai dû faire quelque chose pour mériter cela.») ou sur la perception du monde et des autres («Je ne peux plus faire confiance.» ou «Le monde est dangereux.»). La personne est ainsi amenée à s’interroger sur ses perceptions et ses interprétations et à vérifier leur validité. Avec cette stratégie, la personne aux prises avec un ESPT est aussi aidée à mieux gérer certains de ses sentiments tels que la culpabilité, la colère ainsi que d’autres sentiments déplaisants?

  • L’exposition en imagination et in vivo

La thérapie par exposition (graduée, prolongée et répétée) représente une méthode d’intervention importante. Celle-ci est démontrée comme étant très efficace dans le traitement de l’ESPT. La thérapie par exposition (in vivo et en imagination) consiste à amener la personne présentant un ESPT à s’exposer graduellement aux situations, lieux, images, sensations, bruits, odeurs et aux souvenirs associés à l’événement traumatique et qui sont généralement redoutés et évités. Par cette stratégie, l’individu tend à habituer son organisme à ne plus réagir de manière intense aux éléments rappelant le trauma et conséquemment à diminuer l’évitement. Dans un premier temps, le psychologue pratique avec le client cet exercice thérapeutique. Ensuite, ce dernier peut appliquer par lui-même, entre les rencontres, cette stratégie jusqu’à ce que les situations préalablement identifiées ne lui causent plus ou peu de réactions émotionnelles.