Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Est-de-l’Île-de-Montréal
À propos du CIUSSS
Accueil Plan du site Courrier Portail Québec
Taille du texte
AAA

De peines et de peur (1 de 4)

Retour à l'accueil de Humeurs culturelles

Bon! J'écris sur le coin de la table, ma passion pour l'écriture semble passée. Il est tôt le matin. On ne veut plus que je fasse mon blogue au nom de l'intimité. C'est l'anniversaire de l'attentat du onze septembre. Les «Twin Towers» se sont effondrées. Je pense à mon alcoolisme: aujourd'hui je ne boirai pas demain je ne sais pas. Je prépare lentement un voyage à Québec et ensuite à Milan. Je vais parler de mon rétablissement, de mes différentes implications: blogue, web et radio. Dehors, un chien jappe. Je ne suis pas Hubert Aquin. Je pense à ce désespoir du dimanche après-midi, cette musique qui charrie la nostalgie. L'automne, la pluie. Je n’arrive à rien. J’ai vu une pièce une création collective sur la schizophrénie. Je dois accepter ma schizophrénie, une loque, je suis une loque, c'est ce qu'ils disent.

Il n’y a pas longtemps, on m'a demandé quel était mon problème. Je n’aime pas cette question : c'est d'une condescendance! Quand les gens rient de moi, je sais que j'ai raison. Les alcooliques sont sensibles à la beauté féminine. J'ai regardé la programmation du colloque à Québec. James Taylor, qui me rappelle la belle Céline et les soirées à la brasserie, a essayé de ne pas boire. J'ai mangé deux rôties fromage, je ne ferai pas de la grande littérature avec ça. À la radio, les variations Goldberg, la beauté pure, le calme, la félicité. Je lis Malraux et j'angoisse sur la mort. À Milan, j'ai peur de disparaitre. La voisine passe sur la passerelle, je regarde sa bedaine et ses petits seins, je ne coucherais pas avec son nid de maladies. Je pense à mon rétablissement, à mon passé profondément désespéré. Un passant dehors: «les osties de béesses de tabarnak!»

Pourtant, les gens me font confiance: ils me donnent en exemple. J'ai passé la journée internationale de la santé mentale, en octobre dernier, en livre qui traite de schizophrénie et de comorbidité. J'étais dans un bel espace. J’ai parlé de mon Père: ce n’était pas mon modèle. Je prends maintenant l'exemple sur des hommes que je considère sains. J'espère devenir un exemple. Une jeune fille souffrant de schizophrénie m'interroge sur le marché du travail. Je lui réponds que ce n’est pas pour moi, j'écris et c'est suffisant… Elle est vite repartie. Je devrai réviser mes positions. L'expression, l'abstraction, la sensibilité exprimées par l'art ça devrait être vital et intouchable quelle que soit l'école, la façon, la manière.

Je reviens à ma schizophrénie: c'est comme si j'avais menti. Pourtant, les espions qui m'envahissent, les voix, ce sont bien mes symptômes. Je pense au cheval bleu des invités au festin de Besançon. Pas de talent, voilà pourquoi j'y arrive pas. Je me leurre: je ne suis pas un bon écrivain, il n’y a qu'à ouvrir les yeux et lire. Boire! Cette saveur écœurante du scotch, du whisky, comment m'assommer? Je ne désire pas être célèbre, je veux juste un peu d'humilité. Je ne sais pas si le soi littéraire amène à la révolution… Je crois que le soi est une façon d'arriver au changement à l'acceptation altruiste. Qu'est-ce que je fais de mal? Comment me corriger? L'idée étant d'aider. Je ne sais pas pourquoi je cesserais d'écrire du plus profond de mon âme. À Québec une psychose: les voix disent « c'est le gars qui monte », ça fait mal. Je traite toujours du même thème, la solitude et le sentiment de n'être rien. La nuit m'ennuie, le jour m'abrutit. Il y a quarante ans, j'étais un étudiant du secondaire: c'est affreux de voir tout ce temps et de n'être devenus que ça. À la radio, c'est Lisa Leblanc et sa toune «Kraft Dinner»: je suis ému, cette façon de vivre de survivre. J'ai envie de pleurer.

Je tente de m'inventer une histoire. Artiste! Quelques croûtes! J'ai la bouche sèche et lu un texte sur le rétablissement. Au bar, à la fin, je vomissais sur moi et restait assis avec l'odeur de pourriture. Je n’ai jamais mis les pieds dans une session «after-hours». Pourquoi cette sensibilité cette toxicomanie? C'est difficile… Mes mots n'ont plus de musique et vont vieillir vite. Ça ne vous intéresse pas de savoir que j'ai changé les draps? Quand on est occupé à rebâtir l'homme, ça passe par le domestique. Le Carré Saint-Louis est clôturé, un enclos d'où est sorti le jeune quêteux à qui j'ai dit non et qui a crié «Va chier mon gros câlisse!». Je crois que certains veulent me faire décompenser, mais puisqu'il faut écrire en s'enfonçant dans l'abyme et excaver les rochers de mon âme. Je fais la lessive et toujours ce je, tu aimerais que je l'écrive. Tu aimerais que ça s'adresse à toi personnellement, mais oui c'est ça!

Vous allez où? Vous perdre?