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Évaluation des impacts d'un hôpital de jour psychiatrique


Évaluation des impacts cliniques, fonctionnels et économiques d'un hôpital de jour psychiatrique pour personnes adultes et âgées avec divers troubles mentaux

Le projet

Les hôpitaux de jour psychiatriques représentent un type de services intensifs et ambulatoires en santé mentale. Leur place dans l’organisation des services psychiatriques demeure controversée et ambigüe puisqu’on ne connaît pas clairement leurs impacts (effets), particulièrement en ce qui concerne la réalisation et la satisfaction envers la participation sociale ainsi que l’estime de soi, deux cibles thérapeutiques importantes dans les hôpitaux de jour.

Les objectifs

Dans cette étude, nous voulions comparer et mesurer les impacts cliniques, fonctionnels et économiques d’un hôpital de jour psychiatrique pour personnes adultes et âgées par rapports à ceux de l’hospitalisation.
Ces impacts touchent les symptômes, la participation sociale, l’estime de soi, de même que la satisfaction face aux services, la consommation de services de santé et les coûts qui y sont associés.


L'étude


Les participants

L'hôpital de jour psychiatrique évalué était celui de l’Hôpital Louis-H. Lafontaine (groupe expérimental) et ce, en comparaison avec l’hospitalisation (groupe de comparaison). Le groupe expérimental était composé des usagers de l’hôpital de jour ciblé. Le groupe de comparaison incluait des personnes qui ont consulté l’urgence psychiatrique du même établissement, qui ont été hospitalisées et qui étaient cliniquement comparables au groupe expérimental. Les deux groupes ont été divisés selon leur catégorie diagnostique principale : troubles psychotiques; troubles de l’humeur et anxieux; troubles de la personnalité du groupe B. De plus, toutes les personnes incluses étaient âgées de 18 ans et plus et présentaient une cote entre 21 et 60 sur l’Échelle d’évaluation globale du fonctionnement (en phase aigüe/subaigüe). 
 

La collecte des données


En plus des caractéristiques sociodémographiques, les variables cliniques et fonctionnelles évaluées étaient la symptomatologie, l’estime de soi et la participation sociale (réalisation et satisfaction dans les activités courantes et rôles sociaux). Dans les deux groupes, les données ont été colligées à trois moments:

T1: première semaine suivant le début de l’intervention index (hôpital de jour, hospitalisation);
T2: entre cinq et huit semaines plus tard;
T3: six mois suivant le T2.

Les services comparés

Au moment de l’étude, l’hôpital de jour de Louis-H. Lafontaine était divisé en six équipes organisées en fonction de l’âge et des diagnostics principaux des usagers. Son inspiration théorique, tout comme les autres hôpitaux de jour psychiatriques était fondée sur la « communauté thérapeutique » de Jones et autres auteurs des années 1950 avec comme valeurs la démocratie, la tolérance à l’expression des pensées et des émotions, la participation active dans le traitement et la création d’un laboratoire sécuritaire pour apprendre, expérimenter et mettre en pratique les nouvelles prises de conscience et les nouvelles avenues de comportements, d’attitudes et d’habiletés et ce, à généraliser dans la vie quotidienne.

Dans toutes les équipes, les symptômes, le fonctionnement dans les activités de la vie quotidienne, productives, récréatives et sociales, la compréhension de soi et de sa maladie, ainsi que l’estime de soi étaient prioritairement travaillés dans les thérapies.

Toutefois, selon les besoins et les problématiques des clients, des cibles thérapeutiques spécifiques dans chacune des équipes étaient également abordées. Les participants étaient suivis dans des équipes interdisciplinaires et participaient à 3-4 rencontres de groupe/semaine et 1-2 rencontres individuelles. La durée moyenne du suivi était de huit semaines pour les quatre équipes adultes et de treize semaines pour les deux équipes personnes âgées.
 

Les unités d’hospitalisation

À l’Hôpital Louis-H. Lafontaine, on comptait six unités d’hospitalisation (ou unités de traitement intensif), dont une exclusivement pour les personnes âgées. Au moment du début de la collecte de données en janvier 2006, elles étaient organisées par territoire géographique des cliniques externes puis elles furent réorganisées par diagnostic principal à partir d’octobre 2007. La capacité d’accueil variait entre 15 à 25 lits/unité. Les services principaux offerts lors de l’hospitalisation étaient le suivi psychiatrique et infirmier, c’est-à-dire l’évaluation diagnostique, le traitement pharmacologique, des interventions psychoéducatives et de soutien (en individuel), des liaisons avec des professionnels des cliniques externes et des rencontres avec les proches. La durée moyenne des hospitalisations était de trois semaines.

 

Les premières conclusions


Les impacts cliniques et fonctionnels

  • Les deux groupes étaient comparables sur toutes les caractéristiques et sur le plan clinique (n = 40 dans le groupe hôpital de jour et n = 13 dans le groupe hospitalisation) (note : il n’y avait pas de personnes hospitalisées avec des troubles de la personnalité et ainsi les deux autres groupes diagnostics ont été comparés).
  • Durant les interventions index (entre les T1 et T2), le degré d’amélioration était significativement plus important dans le groupe hôpital de jour en ce qui concerne la gravité des symptômes, l’estime de soi, la réalisation et la satisfaction de la participation sociale.
  • Après le congé (entre les T2 et T3), aucune différence dans le degré de changement entre les deux groupes n’a été trouvée sur toutes les variables. Ainsi, dans les deux groupes, les participants sont demeurés stables.
  • Les participants de l’hôpital de jour étaient significativement plus satisfaits de plusieurs dimensions des services reçus : comportements des professionnels, accès au service, type d’interventions offertes et leur efficacité. Les deux groupes avaient un degré de satisfaction comparable (ils étaient satisfaits) par rapport à l’information reçue sur le diagnostic et les traitements, de même que l’implication de la famille.
  • Lorsque les trois clientèles cliniques traitées à l’hôpital de jour ont été comparées (n = 60), même si tous se sont améliorés, le degré d’amélioration durant le suivi à l’hôpital de jour était significativement moins important chez les personnes avec des troubles psychotiques que chez les personnes avec des troubles de l’humeur et anxieux et des troubles de la personnalité par rapport à la gravité des symptômes, la détresse et l’estime de soi. À la suite du congé, le degré de changement était comparable entre les trois groupes sur toutes les variables. Toutefois, les personnes avec des troubles de l’humeur et anxieux ont continué à s’améliorer de façon significative par rapport à leur estime de soi, la réalisation et la satisfaction face à leur participation sociale.
  • Six mois après le congé, qu’est-ce que l’expérience à l’hôpital de jour a représenté pour les participants?  Cette expérience a été particulièrement aidante pour améliorer les symptômes et la relation à soi et a permis d’amorcer un processus de transformation personnelle qui s’est poursuivi par la suite. La terminaison a créé chez plusieurs participants un vide abrupte. Les enjeux durant les premiers six mois après le congé de l’hôpital de jour étaient la continuité du suivi, l’importance du soutien social et la mise en pratique des apprentissages faits à l’hôpital de jour.
  • Pour faciliter leur transition post hôpital de jour plus positive, les participants se sont remémorés leur expérience, ont continué à se fixer des objectifs, ont pratiqué l’auto-observation et la résolution de problèmes et ont remis dans leur vie des activités significatives (loisirs, projets, intérêts, etc.). 

Les impacts économiques

  • Les analyses de consommation de services ont démontré qu’il n’y avait pas de différence entre les deux groupes six mois avant l’intervention index. Six mois suivant le congé des interventions index, le nombre de personnes réhospitalisées était significativement plus élevé dans le groupe hospitalisation. Dans les deux groupes, la prise en charge se faisait principalement en clinique externe de l’Hôpital Louis-H. Lafontaine mais les personnes du groupe hôpital de jour utilisaient dans l’ensemble plus de services en première ligne et communautaires. Les centres de jour et les centres de crise étaient très peu utilisés dans les deux groupes.
  • La comparaison des coûts totaux moyens des services consommés six mois avant et six mois après l’intervention index a démontré une réduction de coûts de 38 % pour le groupe hôpital de jour et de 7 % pour le groupe hospitalisation.

Des résultats enthousiasmants

  • Les résultats de cette étude suggèrent que l’hôpital de jour est une alternative à l’hospitalisation efficace cliniquement et économiquement pour des personnes adultes et âgées présentant divers troubles mentaux aigus.
  • Le modèle clinique et les visées des hôpitaux de jour psychiatriques s’inscrivent bien dans la vision actuelle du Plan d’Action en Santé Mentale québécois (Ministère de la Santé et des Services Sociaux, 2005) et dans les valeurs des services de santé mentale guidés par les concepts du rétablissement, tels que diminuer les symptômes et la détresse, accompagner les personnes dans le développement d’habiletés et de ressources selon leurs buts personnels et stimuler l’engagement dans des activités significatives (Anthony, 2006).
  • Les personnes avec des troubles de l’humeur et anxieux semblent avoir particulièrement profité de leur expérience à l’hôpital de jour. Une hypothèse possible de ce résultat serait que la programmation clinique et les interventions offertes à cette clientèle répondaient bien à leurs besoin.


 Témoignage d’une participante de l’hôpital de jour

«J‘ trouve c'est une chance quasiment de passer par ici (à l’hôpital de jour); ouais, vraiment. J' suis pas la même personne. J'ai dit à une amie : C'est comme si j'avais une deuxième chance, sérieusement. Avant d'entrer à l'hôpital de jour, j' voyais pas passer l'année 2007. C' tait sûr que j' devais pas être là en 2007. Pis on dirait vraiment qu' c'est comme une deuxième vie; j' suis carrément pas la même personne. Même si j'avais pas eu une dépression, juste le fait de passer par l'hôpital de jour, ça aura été quèque' chose de tellement aidant pour moi.»

Quelques recommandation et pistes de réflexion…


  • L’hospitalisation répond également à des besoins (les personnes étant demeurées stables durant une période de huit mois) mais pourrait être optimisée en s’inspirant du modèle clinique de l’hôpital de jour : regroupement par clientèles homogènes et intégration d’activités thérapeutiques de groupe structurées.
  • Malgré le fait que la très grande majorité des participants de l’hôpital de jour consomment des services de santé mentale après leur suivi, selon l’expérience décrite par les participants, la transition vers les services en externe est difficile pour plusieurs et devrait faire partie de réflexions futures dans l’organisation des services des hôpitaux de jour psychiatriques.


L'équipe de chercheurs

Nadine Larivière
Johanne Desrosiers
Michel Tousignant
Richard Boyer

Vous voulez en savoir plus ?

Pour en savoir davantage sur cette étude et sur une étude précédente à cet hôpital de jour, voici quelques articles scientifiques susceptibles de vous intéresser :

Larivière, N., Desrosiers, J., Tousignant, M., Boyer, R. (2010). Revisiting the day hospital experience six months after discharge: How was the transition and what have clients retained? Psychiatric Quarterly, 81, 81-96.  PubMed

Larivière, N., Desrosiers, J., Tousignant, M., Boyer, R. (2010). Who benefits the most from psychiatric day hospitals? A comparison between three clinical groups. Journal of Psychiatric Practice, 16(2), 93-102. PubMed

Larivière, N., Melançon, L., Fortier, L., David, P., Cournoyer, J., Baril, M.-C., Bisson, J. (2009). A qualitative analysis of clients’ evaluation of a psychiatric day hospital. Canadian Journal of Community Mental Health, 28(1), 165-179. PDF