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Contaminants environnementaux: impacts sur la concentration des enfants

04 juin 2015

L’exposition du nourrisson aux polychlorobiphényles (PCB) peut augmenter le risque de problèmes de comportement à l'enfance au même titre que le tabagisme et le plomb. C’est que ce que nous apprend une étude publiée par une équipe internationale de chercheurs canado-américains dans la revue Environment International.

«Les études chez l’animal suggéraient que de nombreux contaminants environnementaux, dont les PCB, pouvaient affecter le développement cérébral et conduire à des troubles du comportement», souligne Pierrich Plusquellec, l’un des auteurs de l’étude, chercheur à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal et professeur à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal. «Nous avons voulu savoir si une telle exposition, si faible soit-elle, pouvaient affecter le comportement des enfants en bas âge,  en particulier en ce qui à trait à l'attention et l'activité», poursuit-il.

Pour se faire, les chercheurs ont mesuré les niveaux sanguins de PBC-153, un métabolite servant d’indicateur des taux de PCB dans le corps, chez des enfants Inuits du Nunavik (Québec, Canada) à la naissance (sang de cordon) et à l’âge de 5 ans. Une modélisation mathématique a permis d'évaluer l’évolution de la présence de ce métabolite dans le sang de ces enfants pendant cette période.

En parallèle, le comportement des enfants a été extrait de vidéos prises pendant des tests visant à évaluer la motricité fine. À l’aide de ces enregistrements, les chercheurs ont mesuré la capacité des enfants à rester focalisés sur ces tests (capacité d’attention) et ont mesuré leur niveau d’activité. La durée moyenne des tâches analysées était d’environ 13 minutes.

Résultats

Au niveau de l'exposition aux PCB à laquelle la population Inuit du Nunavik est soumise (5 à 10 fois supérieur à celle des habitants du Sud du Québec), aucune association entre ce contaminant environnemental et le comportement de l'enfant n'a été mis en évidence sauf si on considère le niveau d'exposition dans une fenêtre développementale précise, soit vers l'âge de 2 mois. Ainsi, les bébés les plus exposés à 2 mois se montreront significativement moins attentifs à l'âge de 5 ans. 

«Ces résultats soutiennent l’hypothèse que la période post-natale est un moment critique du développement du nourrisson au cours de laquelle son cerveau est sensible aux agents toxiques», affirme Marc-André Verner, co-auteur de l’étude et professeur sous octroi adjoint au Département de santé environnementale et santé au travail de l’Université de Montréal. «Néanmoins, ces résultats ne devraient pas décourager les mères d'allaiter leurs nourrissons compte-tenu des faibles niveaux actuels de PCB dans l’environnement. De plus, il est précisé que nos tests comportementaux ne sont pas des outils diagnostiques de troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité mais pourront du moins aiguiller les spécialistes dans ce domaine au niveau diagnostique, et surtout être pris en considération dans des politiques de santé publique. Les contaminants employés il y a 20 ans ont un impact sur nos enfants aujourd’hui. Il faut donc être prudents lorsque nous utilisons des produits dont les effets à longs termes sont inconnus», conclut-il.

Source : Verner M.-A-, Plusquellec P., Desjardins J.L., Cartier C., Haddad S., Ayotte P., Dewailly É., Muckle G. Prenatal and early-life polychlorinated biphenyl (PCB) levels and behavior in Inuit preschoolers. Environ Int. 2015 May.

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