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Le cerveau des schizophrènes réagit différemment face à des images négatives

29 août 2014

Les capacités de percevoir, interpréter et moduler nos émotions constituent une caractéristique fondamentale des rapports psychosociaux chez les humains. Dans le domaine de la santé mentale, plusieurs études se sont penchées sur la façon dont les patients schizophrènes percevaient les émotions car cette aptitude est atteinte dans cette population.

Soulignons que les patients schizophrènes ne se différencient pas des sujets contrôles dans leur capacité à discriminer des images plaisantes des images qui procurent un sentiment déplaisant. Néanmoins, le cerveau des patients schizophrènes ne réagit pas de la même façon. En effet, selon une étude publiée dans Frontiers in Psychology par l’équipe de Marc Lavoie et Adrianna Mendrek, chercheurs au Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, leur activité cérébrale est réduite face à des images qui procurent des sensations désagréables ou choquantes (par exemple des images avec du sang). C’est le cas en particulier du cortex préfrontal, une structure du cerveau impliquée notamment dans la planification et intimement liée au système limbique.

« On observe dans le groupe contrôle une plus grande activation de la composante électro-corticale N200 – associée à l’attention sélective - dans l’hémisphère droit, ce qui n’est pas le cas chez les schizophrènes chez qui l’activité est plus faible des deux côtés du cerveau », déclare Marc Lavoie.

Le chercheur a également observé une baisse d’activité de la composante électrocorticale P300 frontale –  associée à la mémoire de travail – lorsque l’examinateur présente des images déplaisantes. Cette activité était d’autant plus réduite lorsque les patients étaient plus atteints.
 
Cette activité électrique spécifique du cerveau frontal peut expliquer en partie pourquoi les patients atteints de schizophrénie ont une façon si différente d’assimiler et de traiter les émotions.

Il existe également des différences liées au sexe, alors que certains chercheurs suggèrent que la testostérone – hormone mâle qui serait impliquée partiellement dans l’étiologie de la schizophrénie – serait à l’origine de ces différences, alors que d’autres équipes émettent l’hypothèse que l’œstradiol exerce un rôle protecteur dans la maladie.

Cependant, peu d’études se sont intéressées à l’impact des hormones stéroïdiennes sur le processus émotionnel.

Marc LavoieAdrianna Mendrek et leur étudiante, Julie Champagne, ont évalué l’activité électrique dans le cerveau de patients schizophrènes, en relation avec les hormones sexuelles. Pour atteindre cet objectif, les chercheurs ont présenté à 18 patients et 24 sujets contrôles des images qui suscitent une émotion.

Les résultats ont montré qu’il existe une corrélation négative entre l’activité cérébrale et les niveaux d’œstradiol, c’est-à-dire que ces composantes électrocorticales ont tendance à diminuer lorsque les niveaux d’œstradiol augmentent et inversement. En revanche, les niveaux de testostérone augmentent avec l’activité cérébrale, en particulier lorsque les sujets étaient face à des images déplaisantes.

« Cette observation démontre que les différences sexuelles et les niveaux hormonaux peuvent moduler de façon importante les différences cérébrales observées face à des stimuli émotionnels et deviennent ainsi des variables incontournables pour l’étude du fonctionnement cérébral des personnes atteintes de schizophrénie », conclut Marc Lavoie.

Cette étude intitulée ‘’The contribution of gender and estrogen to sex differences in neural correlates of cognitive and emotion processing in schizophrenia’’ a été financée par une subvention de fonctionnement des IRSC (numéro IGO-81140)

Source : Champagne J, Mendrek A, Germain M, Hot P, Lavoie ME. Event-related brain potentials to emotional images and gonadal steroid hormone levels in patients with schizophrenia and paired controlsFront Psychol. 2014 Jun 11;5:543. doi:10.3389/fpsyg.2014.00543.

 
Marc E. Lavoie
Laboratoire de Psychophysiologie Cognitive et Sociale, Institut Universitaire en Santé Mentale de Montréal
Département de Psychiatrie, Université de Montréal