Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Est-de-l’Île-de-Montréal
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Le rétablissement à la suite d’un premier épisode psychotique

15 septembre 2014

La vision selon laquelle bon nombre d’individus atteints de psychose peuvent se rétablir sensiblement au fil du temps est de plus en plus répandue. Mais se rétablir, qu’est-ce que ça veut dire?

Les différentes définitions du rétablissement se divisent en deux catégories : celles s’intéressant de manière objective aux « résultats » (symptômes, fonctionnement), et celles s’intéressant de manière subjective au « processus » (retour de l’espoir, responsabilisation, changement identitaires, etc.). Les chercheurs s’étant principalement intéressés jusqu’à maintenant aux individus vivant avec un trouble de santé mental depuis de nombreuses années, on en connait très peu sur le processus de rétablissement à la suite d’un premier épisode psychotique.

  1. Une étude menée par l’équipe de Tania Lecomte, chercheure au Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, visait à mieux comprendre celui-ci :
    en déterminant où se situaient, à l’intérieur d’un modèle de rétablissement en cinq stades, 47 individus suivis dans des cliniques spécialisées en traitement des premiers épisodes psychotiques;
  2. en explorant les liens entre le stade atteint et  les symptômes, le fonctionnement social et le développement narratif (la capacité à élaborer sur son récit de vie).

Nous avons ainsi constaté que 55.3% de l’échantillon se trouvait au premier stade (stade moratoire : déni de la maladie, confusion identitaire, retrait social, désespoir) alors que 44.7% se trouvait au deuxième (stade de prise de conscience : conscience qu’un futur meilleur est possible et qu’on peut se définir autrement que par la maladie). Le fait d’appartenir au deuxième stade était associé, par ordre d’importance, à un score plus élevé d’engagement social (mesuré par le Social Functioning Scale, SFS), à un meilleur développement narratif (mesuré par le Scale to Assess Narrative Development, STAND), à un score plus élevé d’occupation/emploi (SFS), à moins de symptômes négatifs, à moins de symptômes positifs, et à un niveau d’éducation plus élevé. De plus, les stades de rétablissement étaient relativement stables pour chaque individu sur une période de neuf mois.

« Ces résultats rappellent d’une part l’importance d’offrir des interventions psychosociales, visant notamment l’engagement social et le soutien à l’emploi ou aux études, et identifient d’autre part le développement narratif comme une cible de traitement potentielle à adresser via la psychothérapie. », conclut Geneviève Bourdeau, détentrice d’un doctorat en psychologie de l’Université de Montréal et auteure principale de l’étude.

Le rétablissement étant un concept complexe incluant des aspects objectifs et subjectifs, d’autres recherches incluant des échantillons plus larges et diversifiés et des évaluations conduites sur des plus longues périodes de temps s’avèrent nécessaires.

Source : Geneviève Bourdeau, Tania Lecomte and Paul H. Lysaker. Stages of recovery in early psychosis: Associations with symptoms, function, and narrative development. Psychology and Psychotherapy: Theory, Research and Practice (2014). DOI:10.1111/papt.12038