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Tabagisme et schizophrénie : comprendre et briser la spirale de la dépendance

18 avril 2016

La dépendance au tabac chez les personnes atteintes de schizophrénie pourrait s’expliquer par une augmentation significative de l’activation de la partie ventrale du cortex préfrontale (CPFv), une région du cerveau impliquée dans le système de récompense. Ces nouvelles données, fruit d’une étude réalisée par des chercheurs de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal) et de l’Université de Montréal, confirment la prédisposition au tabagisme et expliquent les difficultés des personnes atteintes de schizophrénie à cesser de fumer.

« Le tabagisme est un véritable problème chez les personnes atteintes de schizophrénie, » explique Stéphane Potvin, chercheur à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal et premier auteur de l’étude. « Leur santé et leur espérance de vie sont souvent hypothéquées par cette dépendance dont les mécanismes cérébraux étaient jusqu’à présent encore méconnus, » affirme le professeur sous octroi agrégé à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal.

En simple, l’équipe de chercheurs a observé chez les fumeurs atteints de schizophrénie une activation neuronale plus grande, en comparaison avec des sujets sains, d’une région spécifique du cerveau (CPFv) lorsqu’on leur présente des images incitant à fumer. Au niveau comportemental, les chercheurs ont aussi constaté que les sujets atteints de schizophrénie qui fumaient présentaient plus de symptômes dépressifs que les participants du groupe contrôle.

« Ces observations suggèrent que la cigarette a un effet plus marqué chez les fumeurs atteints de schizophrénie. Ce qui corrobore l'hypothèse déjà formulée d’une vulnérabilité accrue à cette dépendance mais atteste aussi de la grande difficulté pour eux quand vient le moment d’essayer de cesser de fumer, » explique Stéphane Potvin.

La prévalence du tabagisme chez les personnes atteintes de schizophrénie est élevée et le taux d’abandon du tabagisme est faible. Les fumeurs atteints de schizophrénie ont douze fois plus de chances de mourir d’une maladie cardiaque liée au tabagisme que ceux qui ne fument pas. « C’est nécessaire d’explorer des avenues qui permettront d’appuyer ces personnes dans leurs efforts pour s’émanciper de la cigarette, » déclare Stéphane Potvin. « C’est pourquoi nous voulons poursuivre nos recherche à savoir si cette activation de la partie ventrale du cortex préfrontale (CPFv) est causée par la maladie elle-même ou par les effets des antipsychotiques, » conclut le chercheur.

À propos de l’étude
Dans le cadre de cette étude, les chercheurs ont comparé, en utilisant des techniques de neuroimagerie, les réactions cérébrales de 18 fumeurs atteints de schizophrénie et de 24 fumeurs sans problème de santé mentale lorsqu'ils regardent des images des appétitives de la cigarette. De plus, les participants ont été appelés à compléter un questionnaire pour évaluer leurs symptômes dépressifs (Beck II).

Source : S. Potvin, O.Lungu, O. Lipp, P. Lalonde, V. Zaharieva, E. Stip, J-P Melun, A. Mendrek. Increased ventro-medial prefrontal activations in schizophrenia smokers during cigarette cravings. Schizophrenia Research. Avril 2016

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