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Violence au travail dans le secteur de la santé : quelles sont les conséquences ?

09 octobre 2014

L’exposition à un acte de violence au travail peut entraîner des conséquences importantes chez les employés du secteur de la santé. Stéphane Guay et Nathalie Lanctôt de l’Institut universitaire de santé mentale de Montréal et de l’Université de Montréal, ont étudié cette problématique dans une revue de littérature systématique.

« Ce secteur est particulièrement propice aux actes de violence, puisque le personnel de santé a 16 fois plus de risque d’être victime ou témoin d’un acte de violence que les autres personnels de la fonction publique,» explique monsieur Guay, qui dirige le Centre d’étude sur le trauma et l’équipe VISAGE. « La plupart de ces actes, perpétrés par des patients ou un de leurs proches, peuvent entrainer de nombreux effets délétères. Cependant, à ce jour, aucune revue de littérature n’a répertorié l’ensemble des conséquences auxquelles une victime ou un témoin de violence au travail pourrait avoir à faire face. »

Après un processus de sélection rigoureux, soixante-huit études ont été incluses dans cette revue de littérature systématique. Les résultats ont mis à jour sept types de conséquences pouvant faire suite à un acte de violence au travail :
1. Conséquences physiques
2. Conséquences psychologiques
3. Conséquences émotionnelles
4. Conséquences liées au fonctionnement au travail (ex. congés de maladie)
5. Conséquences sur les relations avec le patient et la qualité des soins apportée au patient
6. Conséquences sociales (ex. vie de famille, sentiment d’insécurité)
7. Conséquences financières

Il apparaît que les aspects psychologiques et émotionnels (ex. colère, peur) sont les facteurs sur lesquels la violence a le plus d’impact négatif. Les victimes souffrent de stress post-traumatique (entre 5% et 32% selon 4 études), de vigilance accrue, d’irritabilité, de troubles du sommeil. Quelques auteurs notent également des symptômes dépressifs avec cependant un pourcentage inférieur à 20% dans la plupart des cas.

Concernant les aspects émotionnels, 25 des 68 études font état d’au moins une conséquence de ce type. La colère, la peur, la tristesse et le dégoût sont les symptômes qui reviennent le plus souvent.

Les conséquences sur le plan professionnel sont également importantes puisque entre 13% et 60% ont pensé quitter leur emploi après un acte de violence, selon 12 des 68 études.
10 des 68 études font également état de conséquences en termes de qualité des soins. Parmi ces conséquences, on retrouve le développement d’un sentiment de peur à l’égard des patients en général, la perte du plaisir à travailler au contact des patients, ou la diminution du temps passé avec eux.

« Ces résultats démontrent que les conséquences de la violence au travail ne sont pas seulement profondes mais également multiples » conclut Nathalie Lanctôt, étudiante à l’École de criminologie de l’Université de Montréal. « Cependant, les résultats provenant d’études pour la plupart rétrospectives, il est nécessaire d’approfondir la recherche en menant des études longitudinales, afin de mieux saisir l’ampleur des effets à long terme de la violence au travail. »

A propos de cette étude

Stéphane Guay et Nathalie Lanctôt sont affiliés avec le Centre d’étude sur le trauma del’Institut universitaire en santé mentale de Montréal et l’École de criminologie de l’Université de Montréal. Monsieur Guay est également affilié avec le départements de psychiatrie de l’université.Cette étude a été financée par une subvention de fonctionnement des Institut de recherche en santé du Canada – IRSC (Vers une meilleure prise en charge des travailleurs victimes d’un acte de violence grave ).

Pendant la réalisation de cette étude, Nathalie Lanctôt était détentrice d’une bourse postdoctorale de l’Institut canadien de la santé des femmes et des hommes (201202GWH-278184-172129).

Référence : Lanctôt N., & Guay S. (2014). The aftermath of workplace violence among healthcare workers: A systematic literature review of the consequences, Aggression and Violent Behavior, 19, 492–501, doi :10.1016/j.avb.2014.07.010.