Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Est-de-l’Île-de-Montréal
À propos du CIUSSS
Accueil Plan du site Courrier Portail Québec
Taille du texte
AAA

Catherine Briand

@import url(/includes/stylesforeditor.css);

Catherine Briand, ergothérapeute diplômée de l’Université de Montréal, professeure agrégée à l’École de réadaptation, Faculté de médecine de l’Université de Montréal, chercheuse principale et directrice du Centre d’études sur la réadaptation, le rétablissement et la réinsertion sociale (CÉRRIS) de l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal.

Elle voulait être en contact avec les gens et, dès le cégep, elle savait qu’elle « s’en irait en santé mentale». Catherine Briand, cette jeune chercheuse, fondatrice du CÉRRIS, passionnée par le réseautage et la complexité des organisations, se définit comme quelqu’un de bien simplement «pratico-pratique» et se voit comme une «courroie de transmission». Sa quête de sens pour l’être humain depuis qu’elle est enfant explique sa volonté implacable de toujours apporter un plus dans le quotidien de ses semblables.

C’est grâce au conseiller d’orientation qu’elle a découvert le métier d’ergothérapeute. C’était son deuxième choix et pourtant, dès la première année d’études, elle est tombée en amour avec la profession. Et puis rapidement, elle a plongé dans l’univers de la recherche. Ici, à l’Institut, grâce à un stage d’été avec Emmanuel Stip. Soudain, tout devenait possible… Élargir l’horizon de la compréhension, imaginer des projets au-delà de la pratique habituelle, tout en restant proche des patients et du personnel sur le terrain… Elle avait décidé : elle deviendrait clinicien-chercheur!

C’est ainsi qu’elle s’est mise à temps plein à son doctorat. Catherine Briand avoue «Au début, ça a été dur d’arrêter ma clinique». Elle a rapidement démontré son autonomie et ses compétences en tant que chercheuse et gestionnaire d’équipe et tout s’est fait naturellement: bourses, poste d’université, invitations… Et comme tous ses projets étaient des projets de recherche-action clinique, elle a vite retrouvé le contact humain, car elle travaille en étroite collaboration avec les intervenants, les utilisateurs de services et les gestionnaires, ceux-ci étant devenus à présent ses partenaires.

Comment l’IPT l’a poussée à ses limites et… fait naître son intérêt pour les systèmes complexes Catherine raconte son projet de doctorat sur l’approche IPT (Integrated Psychological Treatment ou Programme intégratif de thérapies psychologiques), destinée aux personnes atteintes de schizophrénie. À cette occasion, elle a rencontré près de cent patients et vingt-cinq intervenants en entrevue individuelle et parfois les informations recueillies dépassaient ses attentes, allant jusqu’à la submerger d’émotions, au-delà de ce qu’elle était capable de supporter. Alors qu’une mère lui témoignait sa reconnaissance pour les résultats de cette thérapie sur son enfant,
Catherine, trop émue, n’a pas été capable de dire un mot!

Bien que l’IPT ait été un succès, chaque utilisateur ayant vu des progrès significatifs sur ses compétences sociales, cette approche n’est pas systématiquement implantée au Québec. C’est en se questionnant sur ce qui pouvait freiner l’adoption de l’IPT que Catherine Briand s’est intéressée à la complexité des systèmes. Comprendre que ce n’était pas la qualité du traitement qui était en cause, mais que les obstacles qui semblaient insurmontables étaient inhérents au réseau lui-même, a été comme un déclic qui a attisé sa curiosité.

La force des liens

Elle voulait créer une communauté de pratique. À cette fin, elle réunit en 2009 une trentaine de gestionnaires québécois pour discuter des défis de la réadaptation en santé mentale pour les cinq prochaines années. De ces échanges fructueux est né un projet de recherche pour lequel elle obtient quatre autres subventions. Comme les gestionnaires manquaient cruellement d’outils pour communiquer, l’idée émerge d’utiliser les technologies Internet. C’est ainsi qu’en septembre 2010, sa communauté de pratique devient le CÉRRIS, qui se démarque par ses activités à distance, utilisant le Web comme outil de formation, d’échanges et de discussions. Catherine Briand s’est fait connaître dans le domaine de la réadaptation en santé mentale partout dans la province et elle a peu à peu tissé sa toile de partenaires, cliniciens, chercheurs, étudiants…

«Mon partenariat, je l’ai créé une personne à la fois.»

Généralement, lorsque les gens entament une collaboration avec Catherine, ils évoluent avec elle. Sa constance et le grand respect dont elle fait preuve vis-à-vis des usagers, familles et professionnels, sont pour beaucoup dans cette longévité. Pour preuve, deux utilisateurs de services qui ont participé à son projet de doctorat – dont Michel, cité en encadré – l’ont suivie dans d’autres projets et sont devenus ses amis. Et Catherine est très à l’aise de cette relation citoyenne.

Des valeurs égalitaires Catherine Briand défendent ardemment la place des malades mentaux dans la société et l’idée que les services doivent être co-construits par les intéressés et les cliniciens, dans une relation égalitaire. « En situation de crise, on peut avoir un jugement altéré, mais de façon générale, les gens atteints de maladie mentale sont capables de prendre des décisions pour eux-mêmes». Elle transmet ses valeurs à ses étudiants, afin qu’ils se placent d’égal à égal à l’égard de la personne utilisatrice. «Je veux aider la clientèle à accéder à une vie citoyenne, et si je n’y réussissais pas en tant que chercheuse, peut-être que je me lancerais en politique!»

La technologie au secours de la réadaptation

Catherine Briand se défend de l’étiquette de «la chercheuse la plus techno de l’Institut» qu’on lui attribue. Pour Catherine, la technologie n’a pas de valeur en soi, elle devient utile à partir du moment où elle apporte une plus-value et une possibilité de travailler davantage ensemble.

Catherine Briand est fière de dire que le CÉRRIS a été le premier à utiliser dans son milieu la plateforme de conférences Elluminate, devenue Blackboard, un outil plus puissant que la visioconférence, permettant le clavardage avec caméra et l’échange de contenu, le tout en temps réel. Son équipe a réussi à convaincre plusieurs techniciens informatiques du réseau de débloquer leur système pour accéder à cet outil. À ce jour, plus de 10 000 visiteurs uniques ont navigué sur les pages web du CÉRRIS, 457 personnes font partie de la communauté de pratique, et nombre de partenaires du réseau ont participé aux activités en ligne.

Le Centre d’études a organisé cinq débats-blogue sur des sujets «chauds», animés autant par des professionnels, des utilisateurs de services et leurs proches que par des étudiants et chercheurs. Ils portaient respectivement sur la stigmatisation, la sexualité, l'agressivité, l'activité significative, la spiritualité; des sujets parfois délicats sur lesquels les participants se sont exprimés librement. «C’était la première fois que les étudiants rencontraient les utilisateurs de services dans une relation citoyenne. Ils sont sortis de là changés.»

Une autre technologie a été mise au point par Catherine Briand et les collaborateurs du CÉRRIS: RéadApps©, un portail d’applications mobiles pour les personnes atteintes de troubles mentaux graves en processus de réadaptation et d’insertion sociale. L’utilisation d’un assistant personnel numérique et de cette application mobile vise l’autogestion de la maladie et la reprise d’autonomie et de contrôle sur sa vie. Cette nouveauté a été présentée à l’Institut lors de l’événement Quand la santé mentale devient mobile.

L’avenir du CÉRRIS en question

Catherine Briand cherche des fonds pour assurer la pérennité du CÉRRIS. Plusieurs projets de recherche rattachés à son Centre ont obtenu des subventions. Toutefois l’équilibre financier est précaire. Pourtant ce ne sont pas les projets qui manquent… Plusieurs sont coordonnés par ses étudiants avec des organismes communautaires. Son projet principal: «Enjeux et réadaptation», qu’elle mène avec Yves Leblanc, coordonnateur de recherche, lui tient également particulièrement à coeur. Suite à une vaste consultation menée en 2009, trois régions ont été ciblées pour approfondir l’analyse: l’Abitibi-Témiscamingue, Lanaudière et l’Est de Montréal. Avec Yves Leblanc, ils sont allés rencontrer les gens sur le terrain pour connaître quels étaient les services existants, publics ou communautaires, les enjeux, les pistes de solutions, et en dégager des stratégies d’action.

Ce travail de longue haleine a été présenté à plusieurs partenaires au Québec, au Canada et dans des congrès internationaux. C’est ainsi que Catherine souhaite poursuivre son réseautage entre tous les partenaires du Québec pour que les meilleures pratiques de réadaptation soient accessibles partout au Québec. Catherine aimerait aussi convaincre les ergothérapeutes qui pratiquent à l’Institut de s’impliquer en recherche. Cette expérience constituerait pour eux une formation exceptionnelle et un modèle unique de collaboration entre la clinique et la recherche pour l’Institut. «Je suis certaine qu’après, ils ne pratiqueront plus comme avant!» C’était Catherine Briand, une chercheuse fidèle à ses convictions, qui n’a pas fini de nous étonner.

Quand elle avait 5 ans, elle rêvait d’être…

Gardienne d’enfant! Ce qu’elle a fait, d’ailleurs. À l’école primaire, Catherine était fascinée par les classes spécialisées qui accueillaient alors les jeunes multi-handicapés, par tout le matériel adapté, fauteuils roulants et lève-personnes. Sa vocation se dessinait… Il y avait aussi une classe pour les enfants qui avaient des troubles d’apprentissage. Catherine, qui était très douée et finissait ses travaux avant les autres, avait le droit d’aller jouer dans le bureau du directeur sur le seul ordinateur disponible, ou bien… de faire de l’aide à l’apprentissage dans la classe spécialisée. Elle adorait jouer le rôle d’enseignante, donner des trucs aux enfants qui avaient des difficultés avec les méthodes traditionnelles. Dès l’école primaire, son envie d’aider les autres et de trouver des trucs pour leur faciliter la vie se révélaient déjà!

La dernière fois où elle a dit «Eurêka!» ou la découverte qu’elle aurait aimé faire

Catherine Briand avoue ne pas être parvenue à une vérité absolue au cours de ses recherches, à l’exception de découvertes cognitives qu’elle a pu faire au fil de ses rencontres sur l’être humain et… sur elle-même! Elle ne se voit pas dans une chasse au trésor, elle n’est pas dans ce registre. Elle se définit plutôt comme une personne de processus.

En fait, sa plus grande joie, c’est plutôt quand elle mesure l’impact positif de ses travaux sur les gens. «Quand mes étudiants me disent que dorénavant, ils demanderont toujours à la personne utilisatrice leurs souhaits et opinions, je suis comblée!»

Un témoignage des bienfaits de l’approche IPT

Michel, atteint de schizophrénie, a participé au projet de recherche de doctorat de Catherine Briand. Il explique comment ce programme a changé sa vie. À présent, il parvient à résoudre des problèmes, à écouter plus qu’interpréter, à diriger son attention sur des activités qui réduisent son stress et il se réalise pleinement en développant ses talents d’artiste.

 

Patricia Sabadello
Agente d’information
Service des communications