Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Est-de-l’Île-de-Montréal
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Sonia Lupien

Fondatrice et directrice du Centre d’études sur le stress humain (CESH), et titulaire de la Chaire de recherche des IRSC sur la santé mentale des hommes et des femmes.

Une chercheuse scientifique avec le gène de Don Quichotte

Sonia Lupien se définit avant tout comme un chercheur scientifique, dont les travaux portent essentiellement sur les effets du stress sur le cerveau humain.

Cette femme, qui se distingue dans l’univers de la recherche et de l’enseignement et y assume de grandes responsabilités, ne se prend pas au sérieux. Loin de l’image du savant dans sa bulle, elle se dit proche du terrain, « une fille qui vient de sa campagne de Ste-Agathe. »  Elle ne parle pas de sa brillante carrière et des honneurs qui lui ont été décernés. Concentrée sur « l’urgence d’alerter les gens », entièrement tournée vers la diffusion des bienfaits de ses travaux, elle livre un message percutant sur ses intentions de venir en aide à plus de monde. Avec drôlerie, elle raconte son cheminement et comment « la vie se charge de l’amener là où elle doit aller ».

Son langage imagé et son franc-parler ne doivent pas faire oublier la grande scientifique qu’elle est, exigeante autant avec elle-même qu’avec ses équipes et ses étudiants. Ses exigences vont bien au-delà de la recherche pure ou de la gestion d’un centre de recherche. Ses travaux doivent faire du sens, avoir un impact significatif sur les gens. La conviction de devoir en faire bénéficier un large public l’amène parfois à devenir une femme d’affaires. Mais c’est avant tout en tant qu’être humain, mère de famille et enseignante, que Sonia Lupien veut changer les choses. 

La faute à M. Ducharme

C’est M. Ducharme, professeur au Cégep, qui a éveillé chez la jeune Sonia son goût pour la recherche. C’était à l’occasion d’un devoir dans le cadre d’un cours de « psychologie expérimentale ». Le bon professeur lui a demandé ce qu’elle aimait et pris le temps de l’écouter. Elle a répondu « la psycho et la bio ». Sur ce, il lui a remis un article de deux neuropsychologues, Sperry et Gazzaniga, sur « la conscience divisée » entre les hémisphères droit et gauche du cerveau, un état provoqué lors du sectionnement du corps calleux, une chirurgie qui se pratiquait alors sur les personnes épileptiques.

Sonia Lupien, 16 ans, est fascinée par le sujet et embarque ses amis gauchers et droitiers dans une expérience inoubliable sur le dédoublement de la personnalité. Ce devoir lui a appris ce qu’elle voulait faire dans la vie : chercheur. Elle est allée voir l’orienteur du Cégep. C’est ainsi que, quelques années plus tard, Sonia Lupien fera sa maîtrise sur le même sujet !
« C’est une belle histoire, car maintenant, Sperry et Gazzaniga, j’enseigne leurs travaux », ajoute Mme Lupien.

Par respect pour M. Ducharme, chaque fois qu’un étudiant vient la voir pour un conseil, la première question que Sonia Lupien lui pose, c’est ce qu’il aime comme cours.

Le virage vers la simplicité et l’apparition de Mme Gendron

Au début de sa carrière, Sonia Lupien était impliquée dans des projets de recherche tous plus complexes et intellectuels les uns que les autres. « Plus c’était compliqué, plus je trouvais ça important ». Depuis dix ans, elle est revenue aux sources de sa pensée scientifique, dans une quête de sens, « pour que ça en vaille la peine ». Comment faire pour que ses découvertes sur le stress soient accessibles à tous ? Sonia Lupien s’est dit qu’elle pourrait utiliser ses talents de vulgarisatrice, largement mis à profit dans son rôle de professeur, pour transmettre la bonne parole.

C’est au cours de ses questionnements que le personnage de « Mme Gendron » lui est apparu. Elle a imaginé une mère monoparentale de trois enfants, isolée, qui vit dans un sous-sol d’un quartier défavorisé. Comment faire pour que cette dame ait accès aux résultats de ses travaux de recherche? Quand Sonia Lupien ne sait pas comment faire pour rester branchée sur la réalité, pour faire en sorte que ses travaux de recherche répondent aux besoins du public, elle pense à Mme Gendron.

Quand Sonia Lupien promène son chien, ou l’histoire d’une chercheuse qui n’arrête jamais

Sonia Lupien explique comment elle a « mis le pied dans un engrenage », celui du passage de l’étude à l’intervention, qui l’entraîne toujours plus loin.

Les promenades avec son chien sont pour elle l’occasion de trouver l’inspiration et de réfléchir à la finalité de ses travaux.

En 2000, Sonia Lupien vient de démontrer, grâce à une méga-étude sur 500 adolescents, que le passage de l’école élémentaire à l’école secondaire génère une augmentation des hormones du stress et une symptomatologie dépressive pouvant mener au suicide. L’histoire pourrait s’arrêter là, son travail de chercheur terminé. « Je promène mon chien et je me dis… comme humain, qu’est-ce que j’attends pour mettre ça en pratique? » Avec son groupe, ils ont monté le programme Déstresse et progresse et testé 504 ados.

Plus tard, alors que Déstresse et progresse avait prouvé son efficacité, Sonia promenait à nouveau son chien… Elle s’est dit que oui, elle avait démontré le stress que vivaient les ados lors de leur passage au secondaire. Mais comment aller plus loin dans l’application? L’idée a germé de passer à une autre étape : la formation des professeurs ! Avec son équipe, elle a entrepris de former 200 professeurs, représentant leur école, chargés de relayer les connaissances à leurs collègues, selon un format « formez les formateurs. ».

Nouvelle balade avec son chien, Sonia pense à Mme Gendron. Et si l’école que ses enfants fréquentent n’avait pas eu la bonne idée de déléguer un représentant à la formation ? Est-ce qu’on ne pourrait pas créer une application pour leur donner accès à l’information, car ils ont sûrement accès à un ordinateur? Le site stresshumain.ca est mis en ligne.

Le nerf de la guerre

Pour un chercheur, la question du financement est inévitable. Sonia Lupien ne fait pas exception à la règle. Ses sept à huit premières années ont été difficiles. À l’époque, elle déposait une demande de subvention pour chaque projet, croisant les doigts pour garantir un travail à ses fidèles employés. Et puis, son conjoint lui a suggéré de déposer cinq demandes pour une subvention, un ratio habituel dans le monde des affaires. C’est ainsi que Sonia Lupien se targue de pouvoir faire fonctionner ses projets à partir de plusieurs sources et qu’elle dit à ses chercheurs : « diversifiez-vous ! ».

Le téléphone sonne. Sonia Lupien est en train de faire l’étude dans deux écoles. C’est le père d’un jeune qui participe au programme Déstresse et progresse. Alors qu’à la maison au souper, il racontait à quel point il était stressé par son travail, son ado lui a expliqué comment déconstruire son stresseur. Le monsieur était très intéressé à implanter le programme de Sonia Lupien dans son milieu de travail. C’est ainsi que Stress & Cie a vu le jour et que la commercialisation a commencé à contribuer au financement de la recherche ! Tous les fonds générés par les ventes retournent à la recherche. Sonia Lupien a entrepris l’étude du stress au travail à l’Institut pour tester, gratuitement, Stress & cie auprès des employés.

Des projets qui viennent du public

Sonia Lupien assure que depuis dix ans, ses études viennent du public. Elle raconte qu’à la fin d’une conférence, une dame de l’assistance était venue lui confier sa détresse, la profonde dépression de son mari, la stigmatisation associée à cette maladie et la conséquence néfaste sur leurs deux enfants. Sonia Lupien est ébranlée.

Notre Don Quichotte se sent prête à soulever des montagnes pour cette dame et ses enfants. C’est ainsi que le projet « Les victimes silencieuses » voit le jour et que Sonia obtient un financement de 400 000 $, et du premier coup ! « On mesure les hormones de stress des membres de la famille de trois groupes : dans le premier, l’un des parents souffre d’une dépression, dans le second, il souffre d’un cancer non stigmatisé et dans le troisième, il n’est pas malade, seulement stressé. » L’étude est en cours et les résultats sont prometteurs.

Quand elle avait 8 ans, elle rêvait d’être…

Notaire ! La jeune Sonia, lectrice passionnée des aventures du pantin Oui-Oui, rêvait de devenir comme Monsieur le Notaire le Potiron. Ce personnage savant et posé qui venait toujours en aide au héros en trouvant la solution à ses problèmes, la fascinait. Son esprit chevaleresque se révélait-il déjà ? En grandissant, dès qu’elle a compris tout ce que comportait le métier de notaire, elle a vite abandonné cette idée.

Ce souvenir lui rappelle sa passion dévorante pour la lecture, qui remonte à son enfance. Sonia Lupien se souvient de la méchante dame de la bibliothèque de Ste-Agathe, qui refusait qu’elle emprunte plus de six livres par jour. Pour déjouer l’irascible bibliothécaire, –à cœur vaillant rien d’impossible !- elle avait organisé avec ses amis un réseau d’emprunteurs digne de l’entrepreneure qu’elle allait devenir.

La dernière fois où elle a dit Eurêka

Sonia Lupien n’en revient encore pas. « Je n’aurais jamais pensé que juste exposer des jeunes à de l’information scientifique, ça pouvait diminuer significativement leur stress et la dépression de ces petits qui souffrent. » C’est ce que le programme Déstresse et progresse a prouvé, en analysant les hormones du stress de 500 jeunes en transition du primaire au secondaire, avant et après avoir suivi sa formation. Cette formation, sous forme d’ateliers et de jeux de rôles, vise à aider les enfants à reconnaître les effets du stress sur leur cerveau et leur corps. « Aucune étude avant la nôtre n’avait mesuré l’effet au niveau biologique. J’ai testé l’efficacité de Déstresse et progresse et je n’aurais jamais pensé faire autant de bien. »
 

La découverte qu’elle aimerait faire

« Pourquoi on ressent ce qu’on ressent ? » Après 20 années à travailler sur le stress, Sonia Lupien compte se consacrer aux émotions durant les 20 prochaines. Trouver quels sont les déclencheurs des émotions, leur lien avec le stress et pourquoi les émotions les plus traumatisantes nous ramènent à l’adolescence. Les émotions sont « son nouveau dada ».

Et puis les ados sont au cœur de toutes ses préoccupations. Celle qui déplore le manque d’intérêt pour la recherche sur les jeunes de plus de 5 ans, assure que les années à venir seront celles de la découverte de l’ado. Elle veut prouver le rôle de la mémoire émotionnelle sur le stress chez les ados, tout connaître sur le sujet pour être capable de leur répercuter ce qu’elle aura appris, à eux et à leurs parents.

 

Patricia Sabadello
Agente d’information
Service des communications